MARIMOUTOU Carpanin

COORDONNÉES PROFESSIONNELLES
Université de La Réunion
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97715 Saint-Denis Messag.

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A l’université de La Réunion depuis 1984, Carpanin Marimoutou est Professeur de littérature française. Directeur du département des Lettres modernes, il enseigne aussi au département de créole qu’il a contribué à construire. Il est responsable du Master « l’océan Indien en ses textes ». Président du jury du CAPES de créole, il est vice-président du Comité international des études créoles, membre du Comité international des études francophones et de l’International Association of Cultural Studies. Il a été, de 2003 à 2010, directeur scientifique et culturel de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.

Champs de recherche : littératures coloniales, littératures postcoloniales, littératures créoles, littératures francophones, littératures vernaculaires, présence/absence de l’Empire colonial dans la littérature française « canonique », du 18e au 20e siècle.

Ma lecture des discours et des textes littéraires, nourrie par la théorie postcoloniale, les Cultural Studies et les Subaltern Studies fait se croiser des approches anthropologiques, sociocritiques et textuelles. Elle se fonde sur la prise en compte des processus de contacts culturels, discursifs, littéraires pour analyser la présence ou la trace conflictuelle de ces rencontres. Je m’efforce donc de lire, sous l’apparence monoculturelle, monolinguistique, les manières dont les textes sont habités ou hantés par les « voix inaudibles », qu’il s’agisse de celles des « subalternes » dans les littératures coloniales ou post-coloniales ou de celles venues de l’Empire colonial dans la littérature française du centre. Dans ce dernier cas, je m’intéresse de plus en plus aux poétiques et aux politiques de l’Empire dans la littérature française (18è-20è siècles) à travers deux aspects : l’écriture de l’esclavage et du marronnage, l’inscription spectrale de l’empire dans la représentation, le discours, le récit, les formes poétiques ou romanesques, les échos entre le roman gothique, le fantastique et l’impensé colonial de la littérature française.

J’articule cette lecture de la présence/absence avec la prise en compte des modalités selon lesquelles ces voix, ces discours, ces récits spectraux transforment les poétiques des textes, en m’appuyant, en particulier sur les notions de « tiers espace » et de « mimicry » proposées par Homi Bhaba. Je resitue, en somme, la question de la domination et de la résistance dans l’écriture même des textes.

De manière logique, je m’intéresse aussi, par conséquent, à partir des travaux d’Antonio Gramsci, de Judith Butler, de Michel Foucault, d’Edward Saïd, de Gayatri Chakravorty Spivak,  aux politiques, aux éthiques et aux esthétiques de la représentation littéraire, à ce qui les supporte et à ce qu’elles masquent, évacuent ou dénient, en particulier les questions liées aux problématiques de la classe, du genre, de la « race » ou de la racialisation.

Travaillant en grande partie sur les littératures —canoniques et vernaculaires — des aires créoles, quelle que soit leur langue privilégiée d’écriture (créole, français, anglais), j’étudie les processus de créolisation culturelle, linguistique, littéraire. Dans la mesure où ces processus prennent en compte les réalités, les imaginaires, les discours, les récits, les textes des migrants et leurs effets, l’ensemble de mes  travaux interrogent, d’une manière ou d’une autre cette problématique. L’objectif de la recherche est de mieux définir, préciser, étudier et, éventuellement modéliser les routes de migration sud-sud, les échanges et rencontres culturelles, les processus de créolisation, dans le monde de l’Océan Indien, tant dans les villes-mondes cosmopolites des rives asiatiques et africaines que dans des sociétés nées de la colonisation européenne.  De manière plus spécifique, dans le domaine littéraire, Je m’intéresse aux modalités selon lesquelles les phénomènes migratoires construisent la dimension conflictuelle des textes et des discours dans le cadre de processus de créolisation qui permettent de résoudre momentanément ces conflits sans jamais les dissoudre. Autrement dit, je m’efforce de lire les héritages matériels et immatériels de ces migrations, circulations, rencontres et conflits. Mais, de manière complémentaire, je m’intéresse aux migrations forcées, à la fabrication des « personnes jetables » dans la continuité des expériences de la traite, de l’engagisme colonial, de l’impérialisme post-colonial, et à la façon dont ces problématiques s’inscrivent dans le texte littéraire et transforment l’écriture comme le discours.

Cette orientation est en lien avec la question, centrale, selon moi, dans le texte littéraire, de l’habiter et du fantôme. Ma recherche actuelle, dans cette perspective, porte essentiellement sur les poétiques et les politiques de créolisation dans les littératures vernaculaires créoles de l’Océan Indien (Maurice, La Réunion, Seychelles) : contes, maloya, séga, théâtre populaire (narlgon). Je tente ainsi de repenser, à partir de ce corpus spécifique, la vieille question spivakienne : « les subalternes peuvent-elles parler ? , ou leur discours est-il toujours fondamentalement irrecevable, inaudible, illisible ? Dans la continuité de ces travaux, je suis amené à interroger les formes artistiques de manière générale, en particulier, les arts plastiques et les documentaires filmiques. Dans ce cadre, je suis de plus en plus  amené à repenser, dans une perspective de dépassement des études postcoloniales, les questions de la nation, de son discours, de sa représentation, de son écriture. Mon interrogation consiste à me demander ce que peut signifier écrire hors de la nation, de l’idée et de la pensée de la nation, non seulement en cette période de massification des flux migratoires, mais aussi au cours de l’histoire des processus de créolisation. L’interrogation du « national » me conduit à remettre en question les conceptions, que je considère comme européanocentrées ou encore nourries par l’ordre du discours colonial et néo colonial, des productions culturelles, artistiques, littéraires des post-colonies, comme contre-textes, réponses, négociations ou traductions des productions européennes. L’étude des mondes créoles m’amène à inscrire, au cœur des phénomènes artistiques et textuels, l’extrême complexité des apports, des origines, des itinéraires, et leur inscription dans un tiers espace qui, pour moi, n’est jamais pacifié mais toujours conflictuel, fondé sur des traductions réciproques où aucune origine ne se pose comme fondation. En même temps, je repense la place et les valeurs de l’autochtonisation dans les processus conflictuels de créolisation, et l’inverse.

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