Anza Karel Plaiche

Doctorat de Littérature francophone sous la direction de J.-C. Carpanin Marimoutou

Contact : Karel[point]plaiche[AT]hotmail[point]com

Date de première inscription : 2005

Thèse soutenue le 10 décembre 2012. Mention très honorable avec les félicitations du jury.

Allocataire d’une bourse doctorale du Gouvernement Français1

Membre associé au projet de recherche Hybris2 coordonné par Valérie Magdelaine et Mar Garcia.

 

Titre de la thèse : « États et écritures de violence en Afrique subsaharienne : la représentation des conflits armés et des violences de masse dans les fictions contemporaines d’expression française »

Résumé :

Dans le cadre de notre thèse, nos recherches portent sur la représentation d’événements traumatiques collectifs dans les fictions africaines francophones publiées entre 1998-20083. Par l’expression « événements traumatiques » nous faisons référence aux formes ultimes de violence que sont les conflits armés et les violences de masse (massacres, nettoyages ethniques, génocides…) qui ont proliféré en Afrique subsaharienne au cours des années 90. Le choix d’explorer ce sujet fait suite au constat de l’émergence massive, à partir des années 2000, de textes consacrés exclusivement aux conflits armés et au génocide des Rwandais tutsi. Ces fictions qui se présentent comme un fait littéraire nouveau en pleine expansion offrent un intérêt majeur pour des études approfondies sur le rapport complexe entre l’art et l’expérience traumatique ou « l’expérience de douleur extrême » (Scarry 1985) selon une perspective postcoloniale (Kaplan 2005)4.

L’intervention de la fiction pour porter et penser des événements traumatiques demeure un projet délicat soulevant des interrogations liées à la représentation de la souffrance, de la cruauté, de la mort et à l’éthique de l’art. Comment l’écrivain en tant que témoin direct ou indirect transmet-il et problématise-t-il le savoir de drames relevant d’une histoire proche et souvent peu médiatisés et problématisés ? Selon quelles modalités littéraires ces événements sont-ils constitués en un objet de connaissance et de sensibilisation ? Quelles sont les stratégies discursives et esthétiques privilégiées pour rendre compte des « violences extrêmes » (Sémelin 2002) perpétrées et transmettre la mémoire des victimes dans une visée de témoignage ou de réflexion critique ?

Notre thèse explore la mise en écriture de ces drames qui inaugurent, sur les plans historique et socioculturel, une nouvelle ère de violence en Afrique subsaharienne. Dans ce contexte, nous nous intéresserons surtout aux textes, qui, à travers leurs traits formels et esthétiques, se caractérisent par une radicalisation du discours à travers des représentations violentes. Comment penser ces écritures subversives et cette « littéralité à sensation » (Ngandu 2011) ? Effet d’une catharsis ? Choix esthétique stimulé par un milieu littéraire africain marqué par la violence ? Effet de mode au sein d’une production culturelle contemporaine de consommation de la violence (Tcheuyap 2003) ?… C’est en partant d’un vaste corpus composé de romans et de nouvelles et en adoptant des perspectives pluridisciplinaires (sociologie, histoire, anthropologie, psychanalyse, etc.) que notre travail analyse la représentation fictionnelle de récentes tragédies collectives dans l’espace littéraire africain contemporain et interroge les pouvoirs et les possibles limites de l’art.

Mots-clés :

Littératures postcoloniales, nécropolitiques, violence, conflits, violences de masse, violence extrême, histoire, histoire immédiate, témoignage, mémoire, trauma, douleur, représentation, fiction, sublimation, réparation, esthétique et éthique.

Abstract :

States and Writings of Violence in Contemporary Africa: The Representation of Armed Conflicts and Mass Violence in Francophone Sub-Saharan African Fiction.

This research project examines the representation of the experience of extreme violence in the contemporary fictional space of Sub-Saharan Francophone Africa. The numerous works of prose fiction written in the wake of the armed conflicts of the 1990s and the Rwandan genocide raise questions related to the representation of pain, cruelty and death as well as to the ethics of art. How do literary texts put into narrative traumatic events? How do writers think and problematize extreme crises of immediate history? By the means of what literary modalities are these crises constituted into an object of knowledge and awareness? And what esthetic and language strategies have been privileged to convey the memory of the atrocities in order to provide testimony or aim at critical reflection?

This thesis explores the writing of the collective tragedies that, from a historical and socio-cultural perspective, mark the start of a new period of violence in Sub-Saharan Africa. In this context, we are focusing predominantly on texts that are characterized – through the distinctive choices of form and style operated by the authors – by a radicalization of discourse and particularly violent plots and esthetics. This research which interrogates the powers and the possible limits of art in the representation of facts of extreme violence analyses an extensive corpus of novels and short stories published between 1998 and 2010 and suggests a multidisciplinary approach which, next to literary and esthetic theories, draws on history, sociology, anthropology and psychiatry.

Keywords: Francophone African Literature 20th and 21st centuries, pain-language, trauma-text, armed conflicts, mass violence, extreme violence, History, fiction, representation, testimony

Membres du jury

 M. Romuald Fonkoua, Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne

M. Jean-Claude Carpanin Marimoutou, Professeur à l’Université de La Réunion

M. Pius Nkashama Ngandu, Professeur à Louisiana State University (LSU)

M. Bernard Terramorsi, Professeur à l’Université de La Réunion

  1. Années universitaires 2006-2009 []
  2. « Les écritures de l’Hybris. Penser la violence dans les littératures de l’océan Indien (Comores, Madagascar, Maurice, Réunion) ». Ce projet bénéficie du concours de l’Agence universitaire de la Francophonie (Auf). []
  3. Nous précisons qu’il ne faut pas accorder à cette date une valeur absolue. Aussi, nos corpus primaire et secondaire comprennent des textes parus en 1997 et en 2010. []
  4. Il s’agit de penser l’expérience traumatique dans un contexte autre que celui de la littérature de la Shoah qui concentre, à ce jour, l’essentiel des études sur ce thème. []